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14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 17:44

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La truffe passe à table


Noir désir. On fouille son génome, on écume son gîte, on surveille ses liaisons avec les chênes pubescents… Avec un but : trouver la recette de la domestication du «diamant noir». Le champignon se dévoile lentement. 

C’est la quête du Graal, version terroir périgourdin. Et celui qui le trouvera comblera les gastronomes ensorcelés par son fumet de truie en chaleur. Malgré des siècles d’épanouissement dans les assiettes les plus nobles, la truffe, fille de basse extraction (souterraine), résiste face à tous ceux, scientifiques et amateurs, qui tentent depuis un siècle, de dévoiler les secrets de sa croissance. En 1880, les choses étaient encore simples : les paysans pensaient que la truffe était pondue par des mouches, ou qu’elle naissait de façon spontanée des amas de feuilles en décomposition. La truffe était ou n’était pas… Mais la science des champignons et levures progressant dans la foulée des découvertes de Pasteur, l’idée de la maîtriser commence bientôt à faire son chemin dans les campagnes les plus reculées. En 1914, le docteur Louis Pradel, originaire de Sorges, dans le Périgord, publie un manuel de trufficulture. Se décrivant comme un «trait d’union» entre la science et les hommes de terrain - les «travailleurs» -, il y mêle observations et hypothèses des botanistes. «L’enseignement à donner en vue de la trufficulture ne peut être divulgué que par l’alliance féconde de la science et de la pratique», écrit-il. Presque un siècle plus tard, c’est encore vrai.

Henri Dessolas fait partie des «travailleurs». Qu’il vente ou qu’il neige, qu’il pleuve ou qu’il cogne, cet octogénaire visite quotidiennement ses arbres truffiers avec Sully, son Jack Russell au flair affûté. Plantés en terrasse sur quatre hectares non loin de Sorges, dans le Périgord, pins d’Alep, chênes pubescents, chênes verts, hêtres, noisetiers, tous produisent de la truffe. Combien ? Petit sourire de l’ancien. On ne saura pas. Dans le milieu, Dessolas est un original qui a réussi l’exploit de faire pousser de la truffe là où personne n’en attendait. Il a développé une méthode culturale simple comme une formule de bail locatif : 3-6-9. «On bichonne l’arbre pendant trois ans, on le taille, on travaille le sol, et on récolte au bout de six à neuf ans.» Il mêle des essences favorables aux champignons à proximité de ses arbres truffiers : ciste, lavande, pêchers… Observateur forcené de la vie et des mœurs de la truffe, il a eu l’idée de rééditer l’ouvrage de Louis Pradel, augmenté des résultats des dernières recherches en cours.

Produit d’une affinité particulière entre un champignon, un sol et un arbre, la truffe est en effet un objet très prisé par la science. On sait aujourd’hui qu’elle est le fruit d’un mycélium, forme filamenteuse d’un champignon qui se développe sous terre et vit en association avec les racines de certains arbres. De cette relation, naissent des mycorhizes, organes mi- champignon, mi- végétaux, dont profitent à la fois l’arbre (elles leur apportent des sucres notamment) et le champignon (les mycorhizes produisent du mycélium dont sortiront, parfois, des truffes, lesquelles portent les spores du champignon). De fait, tout trufficulteur sait que s’il ne cave pas (c’est-à-dire récolter) la truffe à temps, en hiver, elle s’ouvrira en février-mars et disséminera sa semence dans l’environnement…

«Symbiose»

 Comment et pourquoi se forme cette étrange protubérance souterraine ? Quels sont les facteurs environnementaux ou génétiques qui contrôlent la fructification du mycélium ? C’est Le mystère que tentent de percer des dizaines de chercheurs, surtout en France, en Italie et en Espagne. Depuis sept mois, un consortium d’une demi-douzaine de labos français et italiens analyse la séquence du génome de Tuber melanosporum (lire page 23), la truffe noire du Périgord, réalisée au génoscope d’Evry. «Nos équipes décortiquent, analysent et tentent de donner un sens à tous ces enchaînements de nucléotides, explique Francis Martin, directeur de recherche à l’Inra de Nancy. Un projet d’environ 10 millions d’euros. On ne sait toujours pas pourquoi, ni comment, fonctionne la symbiose entre l’arbre et le champignon. On ne sait pas non plus grand-chose des mécanismes de formation de la truffe même.» Ces inconnues rendent le rendement des truffières très aléatoire : un arbre peut donner 5 kilos de truffes une année et puis plus rien pendant dix ans. «Il est fini le temps où une truffière était considérée comme une simple plantation d’arbres susceptibles de produire des truffes, dit le biologiste Jean-Claude Pargney, de l’Académie lorraine des sciences. Le sol, les besoins hydriques et nutritionnels des arbres et du champignon, les plantes accompagnatrices, la faune et la microflore du sol sont venus alimenter les réflexions. Une truffière est un système complexe.»

Arbre hôte 

Sans attendre de tout savoir sur ce «système complexe», pourrait-on parvenir à le domestiquer et faire pousser la truffe à gogo comme un vulgaire champignon de Paris ? Les tentatives pour maîtriser sa production ont pris un tour sérieux quand les botanistes ont compris que la truffe libère des spores qui peuvent rester en sommeil ou se développer sous terre, à condition de disposer d’un arbre hôte. Ces spores ne seraient-elles pas «collées» sur les glands de chênes truffiers ? Au début du XXe siècle, les trufficulteurs se mettent à les récolter et les semer. Avec des succès incertains, qui vont toutefois inspirer quelques chercheurs avisés. Dans les années 70, des biologistes de l’Institut national de recherche agronomique (Inra) mettent au point avec des scientifiques turinois le «plant mycorhizé» : un jeune plant d’arbre dont les racines ont été mises en contact avec du mycélium de truffe noire, la fameuse Tuber melanosporum. C’est l’innovation qui révolutionne la truffe.

A Saint-Maixant (Gironde), entre le domaine de François Mauriac et la tombe de Toulouse-Lautrec, la société Agri-truffe prospère dans le silence d’immenses serres blanches. Elle produit plus de 300 000 plants mycorhizés par an. Le principe est simple : en décembre, Agri-truffe achète des glands (entre 5 et 7 euros le kilo) de chênes truffiers, et les fait pousser durant deux mois. Parallèlement, la société concocte un substrat de calcaire, de terre et de truffes congelées, broyées, «pour libérer les spores du champignon dans le sol». Lorsque les jeunes plants atteignent deux mois, ils sont placés sur le substrat truffé. «Et la nature fait le reste», explique le PDG, Damien Berlureau. Avec 120 000 unités commercialisées chaque année - soit un tiers des plants mycorhizés produits dans le monde - la société affiche un chiffre d’affaires proche du million d’euros. La licence appartient à l’Inra, et chaque pépinière (Agri-truffe, mais aussi ses concurrents Robin et Naudet) lui reverse une dîme - environ 5 centimes d’euro - pour chaque plant vendu. En contrepartie, l’Inra appose son auguste logo sur les plants et contrôle qu’ils sont bien mycorhizés avec Tuber melanosporum, la reine des truffes. «Sans la technologie truffière, on ne trouverait plus de truffe en France. Mais si la science parvenait à révéler tous ses mystères, le produit perdrait de son intérêt, estime le jeune PDG. C’est une quête quasi-mystique.» Pas pour tout le monde : le marché à la clef est considérable. 20 000 familles récoltantes se répartissent 150 millions d’euros les bonnes années.

Le plant mycorhizé a indubitablement relancé la trufficulture en France : environ 1 000 hectares d’arbres truffiers sont plantés chaque année. «Un arbre produit environ vingt à trente ans. Mais on ne connaît pas le turnover, le nombre d’hectares arrachés ou inexploités», relève Damien Berlureau. L’innovation a «boosté» les plantations, de concert avec l’intense lobbying pratiqué par la Fédération française de la trufficulture auprès des élus à l’Assemblée nationale : exonération d’impôt foncier, subventions… Il reste que la trufficulture, malgré les plants mycorhizés, malgré les aides, demeure une activité agricole plus qu’aléatoire.

 

En quarante ans de pratique, Henri Dessolas aura compris deux ou trois choses qu’il transmet aujourd’hui à son petit-fils Bastien. Agé de 23 ans, cet éclairagiste envisage une reconversion comme consultant en trufficulture. Il a saisi l’essentiel : «la truffe ne se donne à personne ».

fin.

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Published by ampélofile11170
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  • : Les Ampélofolies c'est en janvier à Moussoulens dans l'Aude, une journée festive et gourmande autour de la truffe, du vin et des produits du terroir.
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Les Ampélos, qu'es aquò ?

Les Ampélofolies du Cabardès et de la truffe, c'est le quatrième dimanche de janvier à Moussoulens dans l'Aude, une grande journée festive et gastronomique sur le thème de la truffe et du vin.
 

L’Association « Les Ampélofolies du Cabardès » existe depuis 1995. Elle a été créée, au départ afin de promouvoir les vins du Cabardès. Mais en 2000, l’association a décidé de réunir les vins du Cabardès et la truffe, afin de mettre en avant les qualités des vins de notre terroir, mais aussi de faire découvrir ce mystérieux champignon noir. 

Cette fête du Goût et du Terroir qui permet à notre région d’affirmer son identité et son caractère connaît de plus en plus de succès avec plus de 5 000 visiteurs chaque année.

Tout au long de l’année, ce sont près de 100 personnes bénévoles qui préparent cette manifestation.

La Revue De Presse

Pour devenir ampélophile


Le conseil d’administration est composé de :

 

MICOULEAU Marie-Cécile, Présidente

BONNEMORT Christophe, Vice-président

ESCANDE Marie-Françoise, trésorière

LEGRAND Christelle, trésorière adjointe

FONTORBES Fernande, secrétaire

CURBIERES Marie-Claude, ROUCH Alain, SALVAIRE Gérard, FORT Thibault, TAOUSSI Claire, VERGE Benoît.

 

Lors de cette assemblée, l’adhésion à l’association a été fixée à 10 €.

Cette cotisation existait auparavant mais elle correspondait au règlement du repas organisé après l’assemblée générale. Dorénavant, pour des raisons administratives et comptables, elle devra être réglée en début de saison. Elle permettra ainsi à l’association de lister plus facilement ses adhérents et tout simplement « d’exister ».

En contrepartie, l’adhérent pourra bénéficier de certains avantages (gratuité du repas de l’assemblée générale, etc…).

Adhérer aux Ampélofolies du Cabardès est un geste d’engagement, de soutien.  

nos partenaires

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Partenaires des Ampélofolies du Cabardès 2017

 

Associations

Foyer Socio Culturel, Comité des Fêtes, Amicale des Retraités, Club Léo Lagrange,Montolieu Village du Livre, Institut d’Estudis Occitans, FAOL, Office de Tourisme du Cabardès.

Mairies

Moussoulens, Alzonne, Aragon, Montolieu, Raissac sur Lampy, Ventenac-Cabardès, Pennautier, Pezens, Saint Martin le Vieil .